Thibarine
Souvenir de la Trappe

Thibarine

En 1843, à la demande du gouvernement français, les trappistes de l’abbaye d’Aiguebelle (dans la Drôme), fondent le monastère de la trappe à STAOUELI et ouvrent une école d’agriculture pour former la population locale. C’est en septembre 1843 que le maréchal Bugeaud, pose la 1 ère pierre de cette abbaye. Les moines font partie des pionniers défricheurs de la Mitidja et perdirent dans ces dures épreuves de mise en valeur des terres, bon nombre d’entre eux. Ils reposaient dans un petit cimetière de la trappe au pied d’une statue de la Vierge, haute de 3m, probablement sortie des ateliers Virebent de Toulouse.

C’est aux pieds de cette statue que le père de Foucauld s’était recueilli lors de son passage, une année, à Staouëli, avant de partir pour le Sahara en octobre 1901. Malheureusement, lors de l’instauration des lois de laïcisation Combes de 1901, le supérieur vendit pour un prix dérisoire, les terres de la Trappe ; puis la communauté dut quitter les lieux et la présence des trappistes en Algérie disparue en 1904.

Ils revinrent en 1934, partis de Rahjenbourg en Yougoslavie, et s’établirent dans l’Atlas à Ouled Triff (1934/35) ; ils changèrent de lieu pour se rapprocher de Ben Chicao (1935/38) et acquièrent enfin Tibharine qui veut dire « les jardins de l’Atlas » le 7 mars 1938.

« Au nom d’Allah, s’écria le Marabout, eau, je t’ordonne de couler », et, prompt comme l’éclair, il élève son sabre et d’un coup formidable, fend le roc du haut en has. Aussitôt, du bas de la cassure s’échappe une source aux eaux vives et claires, pendant que les assistants prosternés, chantent des louanges d’Allah le tout puissant, et le miséricordieux.

Décrire les fêtes brillantes qui se célébrèrent à cette occasion, serait superflu. La source ainsi créée fut dénommée « Aïn-Boussif » la fontaine de celui qui a un sabre, et, si vous visitez le pays, les indigènes vous montreront dans le roc deux trous qui, placés chacun d’un coté de la fente, sont pour eux la trace des sabots du grand cheval noir, qui portait le Saint-Marabout, leur bienfaiteur.

Le 17 juillet 1939 deux moines vont reprendre leur Vierge de Staouëli pour l’installer à Tibharine sur une colline dominant l’abbaye non loin de la grotte dite d’Abdel Kader (c’est dans cette grotte que l’émir se réfugia pour échapper aux troupes française lors de la conquête de Médéa).

Le 17 août 1939 on commence le socle de 3,5 m de hauteur. Le 8 novembre 1939, fête de la nativité de la Vierge Marie, lors d’une modeste cérémonie, à cause de la guerre, mais en procession on bénit la statue majestueuse. C’est une Vierge au visage d’adolescente, couronnée d’étoiles, les pieds sur le croissant -serpent de l’Apocalypse- A la taille légèrement épaissie par un début de grossesse, les bras ouverts et tendus en un geste de protection et d’appels maternels. Elle pose sur l’immensité qui s’étend à ses pieds un regard doux et serein.

Thibarine, statue de la vierge

Il est à noter que la même statue de la Vierge est au sommet de l’arche centrale du portail de Notre Dame d’Afrique, protégeant les marins comme N.D. de La Garde à Marseille.

Mais son dos portait déjà, avant l’indépendance de l’Algérie, la blessure profonde laissée par la foudre. Aujourd’hui elle est encore plus profondément blessée. Après 1973 des fanatiques ont détérioré sa couronne et lui ont brisé les bras. Les moines l’avaient faite entourer d’un double grillage de 2 m de haut et ils ne sont plus là pour vérifier l’état de la protection et de la statue.

Pourtant si la Vierge de l’Atlas fut victime des éléments et des hommes, les faits ne peuvent que permettre de constater qu’elle fut toujours « protectrice ». En effet, géographiquement parlant, il faut noter que l’ensemble des constructions (village, abbaye, école, ferme…) juste au dessous d’elle tiennent exactement dans l’angle que forment dans l’espace les bras légèrement écartés de N.D. de l’Atlas.
Le socle de la statue repose sur le djebel Nador tout près de la fameuse grotte citée. Or durant la conquête il n’y eut pas un combat, pas un accrochage, pas une victime en ce lieu. De même durant les événements, bien que les rebelles aient parfois utilisé la grotte, et bien qu’il y ait eu quelques incidents, il n’y eut pas un raid contre ce refuge, pas une embuscade, pas un blessé ni un mort en ce lieu. Le bon sens populaire affirme que celui qui est dans les bras de « Lalla Myriam » a la baraka.
Beaucoup se déplaçaient pour le pèlerinage de Tibharine. La procession partait parfois de Médéa distant de 7 Kms et le cortège s’étirait sur la route à peine empierrée Souvent aussi l’office se faisait de nuit au pied de la statue à la lueur des flambeaux. Entre les bras de Marie, perchée en haut de la falaise, la foule des européens et celle des montagnards de l’Atlas se confiait unanimement à sa grande bonté. Un chemin de croix partait de l’abbaye et suivait le chemin montant vers la statue. Les lundi de Pentecôte il était de tradition pour les médéens d’aller à Thibarine et de pique niquer aux pieds de Notre Dame pour déguster la mouna.

En retournant à Thibarine en octobre 2006, je me suis assis sur la terrasse de l’abbaye, appuyé contre le vitrail de la grande chapelle. Regardant la croix qui surplombe les cloches de l’abbaye on voit sur la crête de la colline la statue de Marie veillant encore sur Tibharine. C’est là que frère Luc, le toubib, aimait s’asseoir pour méditer ayant dans son regard la croix en premier plan et au loin le regard aimant de Marie….

Un médéen, Hervé Cortès

BENEDICTION SOLENNELLE DU R.P. DOM J.M. FRICKER ABBE DE LA TRAPPE DE TIBHARINE

2 OCTOBRE 1951

La ville de MEDEA toute baignée d’une atmosphère de fête réunissait hier matin en ses murs les plus hautes personnalités religieuses d’Afrique du Nord, de nombreuses autorités civiles et militaires et une foule venue de toutes parts à l’occasion de la bénédiction solennelle du R.P.Jean Marie nouvel abbé de la trappe de Tibharine qui allait avoir lieu à 9h en l’église paroissiale.

Le ciel qui s’était fait tout à coup serein ajouta à l’éclat de ce grand jour où pour la première fois en Algérie se déroulait l’important événement que représente une bénédiction abbatiale. Accueillis au presbytère par M. L’abbé Georges AVIGNON, curé de la paroisse, S Exc Mgr l’Archevêque d’Alger, qui présidait la cérémonie, les prélats et les membres du clergé entourant le R.P.Jean-Marie, se rendirent en cortège jusqu’en l’église St Henri.

LES PERSONNALITES.

S Exc Mgr LEYNAUD prit place au trône assisté de NN SS DAUZON, POGGI et JACQUIER, vicaires généraux.

S Exc Mgr PINIER, évèque auxiliaire qui célébra la messe pontificale était assisté du R.P.NACHEZ, supérieur du grand séminaire de Kouba ; e M. l’abbé BRENCKLE, sous directeur diocésain des Oeuvres et M.l’abbé CLEUX secrétaire à l’archevêché dans les fonctions respectives d’archidiacre, diacre et sous-diacre.

Dom Robert-Pierre, Père abbé d’ACEY (Jura), ancien moine de N.D.de l’Atlas et Dom Jean de la Croix PRSYLUSKI père abbé de Sainte Marie du désert (Toulouse) accompagnant le R.P. Jean-Marie, se tenaient au bas de l’autel.

Le cérémonial fut dirigé par M.l’abbé GERS, secrétaire de l’Archevêché.

Aux premiers rangs de l’assistance qui emplissait la nef on remarquait :NN SS LACASTE évêque d’ORAN,DUVAL évêque de CONSTANTINE,DURIETZ supérieur général des Pères Blancs, MERCIER vicaire apostolique du Sahara, le père abbé Dom LEVE de l’abbaye Saint-André de Loohen les Bruges (Belgique),le père prieur de l’abbaye d’Aiguebelle représentant le père Abbé, M. le chanoine FIGUEROIS archiprêtre de la cathédrale, M. l’abbé GUNTZ secrétaire à l’archevêché, le R.P. LEFEVRE représentant la communauté dominicaine, les R.P.Van Volsen et Clélot représentants la communauté des Pères Blancs, le R.P. Noir recteur du collège de N.D.d’Afrique,et plusieurs représentants du clergé diocésain.

M.le sous préfet MAC GRATH, accompagné de Mme, représentait M. le Gouverneur Général et M. le préfet d’Alger ;

Parmi les nombreux élus qui entouraient M.ROSTOL,maire de MEDEA,nous avons noté :MM VIGNAU,HAUJART,AMAT et le Dr LEBON ,délégués à l’assemblée algérienne ;M. le général LAURENT représentait M. le général CAILLIES, commandant la X ème région militaire ;on remarquait encore le colonel JOULIN commandant le 1 er régiment de Spahis de MEDEA ;M. le Dr ROFFO, médecin du pèlerinage algérien à Lourdes accompagné de Mme, etc…

L’IMPRESSIONNANT CEREMONIAL.

Le déroulement de la cérémonie, décrite par un récitant comme l’une des plus solennelles du pontifical romain et des plus anciennes dans la liturgie puisqu’elle remonte au VI ème siècle- fut grandement impressionnant. Les notes émouvantes des chants interprétés dans un pur style grégorien par les moines de TIBHARINE en soulignèrent la profonde gravité.

Des multiples phases que comportait cette bénédiction abbatiale, les moments les plus solennels furent, après la longue prostration de l’élu devant le pontife, la remise par celui-ci, des insignes correspondant à la fonction du nouvel abbé : la règle de St Bernard fondateur des cisterciens, la crosse ou bâton pastoral, insigne de sa juridiction sur la communauté des moines ; l’anneau marque de sa fidélité à l’Eglise. L’abbé ayant présenté au pontife deux pains et deux petits barils ainsi que deux cierges allumés, objets portant les armoiries du pontife célébrant et du nouvel abbé, Mgr PINIER donna sa bénédiction solennelle à Dom Jean-Marie et lui remit la mitre symbole de puissance et d’autorité.

Le pontife céda alors sa place au nouvel abbé, geste par lequel il marquait la grandeur des pouvoirs conférés. Dom Jean-Marie vivement ému, parcourut les allées de la nef apportant sa première bénédiction à l’assistance tandis que le chant triomphal du « Te Deum » retentissait sous les voutes.

A l’issue de la cérémonie Mgr LEYNAUD prit la parole pour en souligner le caractère exceptionnel et remercier les personnalités présentes ainsi que les nombreux assistants ; il remarqua combien-cette bénédiction abbatiale en donnait la preuve. L’Eglise catholique, belle, vivante, était immortelle.

Rassemblés sur le porche de l’église les prélats donnèrent leur commune bénédiction à la foule massée sur la place.

MEDEA le 2 Octobre 1951. In ECHO d’ALGER, signé M. Paviot

Photographies

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