Gorges de la Chiffa
Hôtel du Ruisseau des Singes

Route d'Alger à Médéah, à travers les gorges de la Chiffa.

L’armée française, après la prise d’Alger, ne trouva aux abords de cette capitale barbaresque que des sentiers et des chemins de mulets ; car on ne saurait donner le nom de routes aux quelques vestiges de voies romaines, maures ou arabesque le temps avait épargnés. Il en a été de même sur la surface entière de l’Algérie, parcourue par nos colonnes. A peu de distance de chaque ville, la plus grande partie du sol était couverte d’épaisses broussailles, et n’offrait la trace d’aucun ouvrage destiné à faire disparaître les obstacles que de profonds ravins présentaient à la circulation.(…)

La nécessité fut reconnue, en 1842, d’ouvrir sur Médéah une route carrossable, qui, en traversant les tribus nouvellement soumises des Béni-Salah et des Mouzaïa ; permit d’établir à Médéah un centre d’action et sur ces tribus et sur la haute vallée du Chéliff

Dès la fin d juillet 1842, M. le maréchal Bugeaud, gouverneur général de l’Algérie, prescrivit de commencer, d’après les données du commandant Bouteilloux, les études préliminaires du tracé, et de les diriger de manière qu’il fût possible de jeter à Médéah ; avant la mauvaise saison, et à l’aide de voitures, moyen plus expéditif et moins couteux que les mulets, tous les approvisionnements nécessaires jusqu’au mois d’avril suivant, pour les opérations dans l’ouest de la province.

Au sortir de Blidah, la route d’Alger à Médéah se dirige vers l’ouverture par laquelle la Chiffa débouche dans la plaine : son tracé, dans cette partie longue de 5 kilomètres, n’a rencontré aucun obstacle sérieux. A 12 kilomètres de la ville, elle entre dans les gorges de la Chiffa, dont sur une longueur de près de 16 kilomètres, les flancs rocheux et escarpés la dominent de plus de 700 mètres. Au-delà des gorges, elle se développe en pente douce sur les contreforts du Djebel Nador, pendant les 16 kilomètres qui la séparent encore de Médéah.

Plusieurs milliers de travailleurs militaires se mirent audacieusement à l’œuvre sous la direction des officiers du génie. Mais sur tout sur le parcours, depuis l’entrée dans les gorges, les travaux présentèrent de grandes difficultés : on fut obligé de pratiquer ça et là des rampes pour racheter les ressauts considérables des rochers ; d’asseoir la route en plusieurs points sur des massifs de remblais, et de pétarder d’immenses blocs qui souvent obstruaient la voie par des retrécissements abruptes.

Très – peu de temps après le commencement des travaux, la pacification entière de cette partie du pays ayant été obtenue par le général Changarnier, M. le maréchal Bugeaud alla les visiter, avec M. le comte Guyot, directeur de l’intérieur, MM. Les colonels Korte et Yusuf, et M.L’abbé Landmann. Pendant cette courte exploration, il fallut traverser jusqu’à quatre vingt fois le lit de la rivière.

Au bout de six semaines d’un travail opiniâtre et poussé avec la plus grande activité, le 10 septembre 1842, les principales difficultés étaient vaincues ; la route était carrossable, et les voitures de l’administration militaires entraient chargées d’approvisionnements à Médéah. Cette communication a rendu depuis lors d’incalculables services à l’armée et au commerce. (….)

Assurée pendant l’été et une grande partie de l’automne, la viabilité de la route fut interrompue, plusieurs hivers consécutifs, par des crues violentes qui, entrainant avec elles des blocs d’un volume considérables, emportèrent les ouvrages provisoires, et ne laissèrent intactes que les portions construites dans les murailles à pic des berges. (….)

Aujourd’hui, grâce au concours des services du Génie et des ponts et chaussées, la province de Titteri est devenue accessible par la magnifique route de la Chiffa , tantôt taillée en corniche dans le roc, tantôt conquise, au moyen de murs et de massifs d’enrochement, sur le torrent lui-même, qui souvent se resserre et s’étrangle, au point de ne laisser qu’un étroit passage, comme au lieu dit, la Porte, sorte de pilastre naturel dont les parois verticales paraissent plutôt border une crevasse de rocher qu’un lit de rivière.

La nature semble s’être plu à accumuler dans les gorges de la Chiffa tous les genres de beauté. Chaque pas y fait découvrir un site nouveau, un aspect imposant, un spectacle imprévu, mais toujours délicieux. Au milieu d’une végétation luxuriante de thuyas et de chênes, apparaissent soudain, ici un précipice, là d’énormes rochers qui surplombent la route comme les restes d’une arcade écroulée. Ailleurs une arête, qui avance comme une dent de scie, cache à la vue des talus de blocs en mouvement et de glaise mobile, cause fréquente d’éboulements. Plus loin, une solitude profonde est égayée par des singes nombreux qui ont donné leur nom (le Rocher des singes)) au rocher fréquemment témoin de leurs gambades. Au détour du chemin, qui serpente et se tord, une auberge hospitalière offre au voyageur un asile inattendu. Enfin, au milieu de cette nature sauvage, un fil électrique fait franchir à la pensée ces grands obstacles qu’il semble défier.

La traversée du Rocher pourri, jadis fort périlleuse, surtout en hiver, est maintenant assurée en toute saison. La rivière, heureusement moins resserrée sur ce point, a permis de relier les extrémités solides par une chaussée à parement maçonné, qui laisse à son lit un espace suffisamment large pour que les blocs, en s’écroulant, viennent y tomber sans intercepter désormais la route.(…)

Le plus considérable des ponts de l’Algérie, est le Pont en charpente, de 200 mètres entre les culées, construit sur la Chiffa ; c’est un gracieux arc, appuyé sur deux piles en maçonnerie, et qui vivifie le paysage dans un site désert : il n’a pas couté moins de 200.000 francs.

Un deuxième pont en pierre traverse la Chiffa au confluent de l’Oued –Djer. A l’endroit où il a été élevé, la rivière, barrée par un immense rocher, se repliait tumultueusement sur elle-même, pour se frayer un passage dans les terres peu résistantes. Il s’agissait de fermer ce lit forcé, en ouvrant une issue aux eaux à travers le rocher, et de franchir le nouveau lit artificiel creusé par l’homme, à l’aide d’une arche en pierre de 20 mètres. Ce travail a été achevé cette année (1843) sur les plans d’un officier du génie, qui n’a pas assez vécu pour les voir réalisés.

Par la suite des réparations coûteuses qu’ont maintes fois occasionnées les débordements de la Chiffa, la route d’Alger à Médéah a exigé, pour sa construction totale, une somme d’environ 4.000.000 fr. Son importance politique et commerciale justifie suffisamment cette dépense considérable, puisqu’elle a résolu une question vitale pou l’ancienne province du Titteri, en ouvrant à ses produits un débouché plus direct et plus commode vers le port le plus important de l’Algérie.

Œuvre impérissable de l’armée, elle rappellera ses utiles services aux colons algériens longtemps après que la guerre sera oubliée, et que la protection du pouvoir militaire ne sera plus, comme aujourd’hui, une impérieuse nécessité.

Roussel. dans l’Illustration Universelle.

Texte de J.C.Brialy sur son enfance à BLIDA.

Nouvelle vie à Blida.

Mon père, promu capitaine, fut ensuite nommé à Blida sur nommée « la petite Rose » à cause de ses jardins. Nous habitions une maison dans la cité Combredé. Les jolies villas à un étage, toutes construites sur le même modèle, possédaient chacune un petit jardin de roses, une cour, une buanderie et un garage. Aux beaux jours, nous partions pique –niquer en bande au bord de la mer. L’hiver, lorsque nous avions été sages, mes parents nous emmenaient au Ruisseau des Singes situé dans une petite vallée au milieu de la montagne. Des centaines de petits singes à demi-sauvages vivaient là. Ils venaient à la rencontre des visiteurs chercher à manger ou jouer avec eux, couraient et sautaient dans tous les sens. L’endroit était un véritable paradis. Hélas ! Pour atteindre cet éden il fallait parcourir en voiture une quarantaine de kilomètres, ce qui représentait pour moi un véritable enfer. Les cahots me levaient le cœur et, assis devant, la vitre entre ouverte, j’aspirais à pleins poumons l’air tiède pour essayer vainement de ne pas être malade, mais à chaque arrêt je rendais l’âme. Lorsque, enfin, nous arrivions au Ruisseau des Singes, c’était la libération, le bonheur. Souvent, je repense à la phrase que mon père me répétait : « quand tu seras grand, quand tu auras fini tes études, tu feras ce que tu voudras, tu feras le singe ! » et je revois cet endroit paradisiaque. (..)

Photographies

Retour vers le haut