Aîn Boucif
Aïn Boucif _ Vue Générale

Aïn Boucif

La Légende d’Aïn-Boussif.

C’est à soixante kilomètres au Nord-est de Boghar , sur les con?ns de la commune mixte de ce nom, qu’est situé Ie territoire d’Aïn-Boussif, dernier plateau cultivé avant le désert. La fertilité de ce coin de terre, qui sert de transition entre Ie Tell et les Hauts Plateaux, est devenue presque proverbiale; quelques colons européens y sont installés, y ont construit des maisons et cet embryon de village, s’élevant dans un endroit ainsi éloigné de toute agglomération, fait l’impression d’une dernière oasis avant la nudité brulante du Sahara.

La végétation luxuriante de ce sol, provient en grande quantité d’une source qui sort en bouillonnant, d’une cassure qu’on disait pratiquée à dessein dans le banc de rochers qui bordent ce territoire.

II eut été étonnant que cette source n’eut pas d’histoire. Le peuple Arabe qui vénère et entretient encore des aëdes et des troubadours, est le mieux fait pour se transmettre de génération en génération les innombrables légendes que content le pays. Et voici dans toute sa simplicité l’histoire de la fontaine d’Aïn Boussif. Depuis l’époque fort lointaine qui avait marqué l’installation dans le pays, de la tribu des Ouled-Allan, les indigènes qui s’étaient établis dans cette contrée souffraient cruellement du manque d’eau. Certes les terres étaient bonnes, et les récoltes devenaient abondantes, lorsque l’hiver avait été pluvieux. Mais, hélas! L’eau potable faisait totalement défaut et les puits, unique ressource aquatique des habitants, étaient rares et fort éloignés les uns des autres. Ainsi la région était-elle délaissée, malgré sa situation privilégiée.

Un certain jour une nouvelle étonnante circula parmi les Arabes de ce douar. Un grand marabout, Saint parmi les Saints, revenant du Sud, devait s’arrêter quelques heures chez les Ouled-Allan. De grands préparatifs furent faits pour accueillir dignement l’envoyé de Dieu, et tous les habitants allèrent l’attendre sur les rochers d’Aïn-Boussif. II arriva au moment ?xé, monté sur un superbe cheval noir, et suivi de nombreux indigènes, qui lui faisait cortège. A son côté pendait un gigantesque sabre damasquiné, à la poignée enchâssée de pierreries de grande valeur. Au milieu des coups de feu et des cris enthousiastes qui saluaient son arrivée, le Marabout mit pied à terre, et tout en remerciant les ?dèles, pria le cheikb de la tribu de lui faire donner un peu d’eau fraiche pour boire et faire ses ablutions. La journée avait été chaude, et notre homme, altéré par la longue route, se réjouissait de tremper ses lèvres dans le liquide bienfaisant.

  • Que ta sainteté nous pardonne, lui répondit le vieillard attristé, nous n’avons point d’eau ici, mais dès que tu as parlé, un de nous est parti à toute vitesse vers le puit, et à peine auras-tu le temps de quitter ton burnous, qu’il sera déjà revenu.
  • Comment, aucune source ne coule de ces montagnes qui nous touchent?
  • Aucune, Seigneur, Allah n’a pas daigné exaucer nos prières à ce sujet;
  • Que sa sainte volonté soit faite! Allah est grand! répondit le Marabout en passant pieusement sa main sur son visage. Il m’écoute parfois, car j’ai respecté sa sainte loi. Ecartez-vous, je vais tâcher d’intercéder en votre faveur.

Et, ayant prié cinq minutes, il saute derechef sur son cheval, tire son sabre, et prenant du champ s’élance à fond de train, contre la barrière rocheuse. Arrivé à la montagne, le cheval enlevé par une main vigoureuse, se cabre et d’un bond gigantesque, pose ses deux pieds sur l’obstacle qui se dresse devant lui.

« Au nom d’Allah, s’écria le Marabout, eau, je t’ordonne de couler », et, prompt comme l’éclair, il élève son sabre et d’un coup formidable, fend le roc du haut en has. Aussitôt, du bas de la cassure s’échappe une source aux eaux vives et claires, pendant que les assistants prosternés, chantent des louanges d’Allah le tout puissant, et le miséricordieux.

Décrire les fêtes brillantes qui se célébrèrent à cette occasion, serait super?u. La source ainsi créée fut dénommée « Aïn-Boussif » la fontaine de celui qui a un sabre, et, si vous visitez le pays, les indigènes vous montreront dans le roc deux trous qui, placés chacun d’un coté de la fente, sont pour eux la trace des sabots du grand cheval noir, qui portait le Saint-Marabout, leur bienfaiteur.

D’après Léon CORTES (paru dans Trois petits contes sur le mariage aux Editions du Sillon littéraire.)

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