Edmond FARAL 1882-1958

Edmond Faral
Edmond FARAL-1948

Agrégé de grammaire, docteur ès lettres en 1910, Edmond Faral devient directeur d’études à l’École pratique des hautes études en 1920 puis est élu, en 1924, au Collège de France à la chaire de littérature latine du Moyen Âge où il enseigne pendant trente ans. Durant toute sa carrière, il mène de front un travail d’historien de la littérature, un travail de linguiste et des recherches plus générales sur l’époque médiévale. On lui doit un certain nombre d’éditions et de traductions de textes du Moyen Âge, notamment Le Roman de Troie en prose (1922), La Légende arthurienne (1929), une édition des œuvres complètes de Rutebeuf, des études littéraires sur La Chanson de Roland (1934) ou encore sur Les Arts poétiques du XIIe et du XIIIe siècle, ainsi que des études d’historien comme sa célèbre Vie quotidienne au temps de Saint Louis (1956). Edmond Faral fut administrateur du Collège de France de 1937 à 1955.

Monsieur Norbert MULTEAU, natif du village d’ARTHUR, commune mixte de BERROUAGHIA fut interne au collège BEN CHENEB de 1951 à 1956. Journaliste actuellement en retraite, il fit paraître un article en Mars 1958 dans l’ECHO d’ALGER sur Edmond FARAL. Avec son aimable autorisation, voici l’article concerné.

Membre de l’INSTITUT, éminent MEDIEVISTE Le professeur Edmond FARAL, administrateur du collège de France récemment décédé à PARIS, était originaire de MEDEA et ancien élève du Lycée Bugeaud d’Alger.

Le fait est passé presque inaperçu en Algérie, mais le monde des lettres vient de perdre l’une de ses figures les plus éminentes : Monsieur Edmond FARAL, membre de l’institut, administrateur du collège de France. Or M. Edmond FARAL fut un exemple de réussite algérienne fondée sur le travail, l’intelligence et la volonté.

Edmond FARAL était né à MEDEA, le 18 mars 1882, dans un immeuble de la rue de la Démocratie, à quelques pas de la mosquée, au centre de ce qu’on appelle aujourd’hui l ‘ancien Médéa.

Quelques temps auparavant, son père, venant de France, était venu s’établir à Médéa comme professeur d’histoire au collège. Il avait épousé Catherine ACKER, de la grande famille des ACKER, dont les descendants sont encore nombreux à Médéa. Monsieur Ernest ACKER, frère aîné de Catherine, était arrivé en Algérie en 1842 avec les pionniers de la colonisation. Il eut six enfants dont le dernier est mort à 98 ans en 1955. C’est au contact de cet homme énergique qu’Edmond apprit à aimer cette terre algérienne. Il écrira plus tard :

«  Je le demande à ceux de mes camarades qui, comme moi, à la fin du siècle dernier, ont vécu jusqu'à leurs dix-huit ans sur le sol algérien : y a-t-il un moment de notre vie dont nous ayons conservé un souvenir plus vif et plus tonique ?Quelqu'ait été depuis la destinée de chacun de nous et de quelque façon que nous ayons réalisé nos rêves, n'est-ce pas là, n'est-ce pas alors, dans l'exemple des courageux fondateurs, que nous avons appris à aimer ces entreprises hardies et généreuses ?

N’est-ce pas là au contact d’une nature lumineuse, que nous nous sommes préparés à comprendre aussi vivement que personne la leçon des grands esprits de la France, la vertu des idées claires et distinctes, la beauté des formes nettes et vigoureuses, les prestiges de la science et de la poésie ? »

Par la suite, il ne manque jamais de venir, chaque fois qu’il le peut, passer ses vacances à Médéa.

Cependant, quelques années après sa naissance, son père fut nommé au lycée Bugeaud d’Alger. C’est donc dans cet établissement qu’Edmond fit ses études. De ces années-là il a gardé des souvenirs et une empreinte ineffaçables :

«  Je dois beaucoup, a-t-il écrit, au genre de vie que j'ai passé quand j'étais à Alger. Je ne sais pas s'il en est toujours ainsi, mais en ce temps-là nous vivions très près des choses, beaucoup plus que les étudiants des établissements de la métropole. Il y avait les études, il y avait le lycée, il y avait le magnifique enseignement de nos maîtres, élites de la culture française. Mais en dehors du lycée, une foule d'objets sollicitaient notre attention.

Nous vivions dans un milieu formé d’éléments presque disparates et où figuraient des types d’humanité multiples, souvent curieux, toujours attachants. Nos camarades étaient issus de familles fort dissemblables, ils étaient fils de colons, ou de commerçants, ou de fonctionnaires, ou de marins, ou de soldats, tous vaillants mais étonnamment différents les uns des autres. Et c’était une belle école que de les fréquenter. Nos loisirs, nous les occupions volontiers à toutes sortes d’exercices : la nage, l’aviron, le cheval, la chasse, les armes. Un Algérien de quinze ans était un bon sportif.

A la pratique des hommes, à l’expérience des choses, on acquérait un sens très vif du réel. On apprenait à juger les individus, à comprendre les choses de la vie- toutes les formes de la vie. Moins que personne on n’était dupe des apparences et l’on savait mettre, ou remettre chaque homme et chaque idée à sa juste place. »

En quittant Alger, Edmond FARAL entra au lycée Henri IV. Licencié à 19 ans, il fut la même année premier à l’Ecole Normale Supérieure ; mais au lieu d’y entrer, il s’engagea, en devançant l’appel au 1° Régiment de zouaves à Sétif. C’est à sa libération qu’il entra à l’Ecole Normale Supérieure. Il en sortit premier comme agrégé de grammaire. Il fut alors nommé professeur à l’école alsacienne de Paris. Il était si jeune que, lorsqu ‘il se présenta pour son premier cours, le concierge lui dit :  « Vous vous trompez de porte jeune homme ! celle-ci est pour les professeurs » .  « Mais je suis professeur ! » répondit Edmond presqu’en s’excusant.

Docteur ès lettres et diplômé des Hautes Etudes en 1910, c’est à cette époque qu’il publia ses premiers ouvrages. Très tôt la littérature française du Moyen Age l’avait attiré : il y trouvait une fraîcheur et une franchise qui le séduisaient. C’est l’histoire de cette littérature que traitent ses premiers livres. Il participa à la rédaction de « L' Histoire de la littérature française » publiée sous la direction de Joseph Bedier et de Paul Hazard. En 1933, il publia, enfin son livre sur «  La chanson de Roland ».

La déclaration de guerre, en 1914, l’arracha à ses travaux. Commandant une compagnie d’infanterie, il prit en 1917, la direction du 3° bureau à l’Etat-major de la 71° division d’infanterie où il devait rester jusqu’à la fin de la guerre. Sa belle conduite en Artois, à Verdun, en Champagne et en Argonne, lui valut trois citations élogieuses et la croix de la légion d’honneur.

Dès sa libération, Edmond FARAL se remet à ses études. Il est nommé professeur au Collège de France. Les travaux qu’il publie lui valent d’être nommé en 1920 directeur d’étude à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes ( Littérature latine du Moyen Age). Il publia sur ce sujet de nombreux articles et aussi des livres. En 1923, il est nommé directeur de la «  Revue critique d'histoire et de la Littérature. Officier de la Légion d'honneur en 1928, il est élu membre de l'Institut en 1936. Agé de 54 ans, il n'en paraissait pas plus de 40, il avait conservé une allure vive et dégagée.

Enfin en 1937, il accède au poste d’administrateur du Collège de France. A cette occasion, la presse le salua comme «  le plus distingué spécialiste de la littérature latine du Moyen Age ». Modeste, quant à lui, il se bornait à déclarer :  «  Ce qui m'advient est la suite de mes travaux ; voilà tout. »

Puis de nouveau la guerre. En 1940, il fut mobilisé comme colonel d’Etat Major et passa les dures années de l’occupation à Paris où il s’efforça de protéger son établissement. En 1948, il fut nommé vice-président du conseil supérieur de l’Education Nationale et en 1950, élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’Honneur.

C’est en mars 1950 qu’il revint en Algérie pour la dernière fois. Son attachement profond pour sa terre natale n’avait pas faibli et avait ressenti en face des évènements actuels une immense peine et une juste révolte. Il prit sa retraite en 1955, à 73 ans. Il est mort à PARIS le 9 février 1958.

Norbert Multeau

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